La note bleue
George Sand se souvient d'une soirée de janvier 1841: « Chopin n'écoute plus. Il est au piano et il ne s'aperçoit pas qu'on l'écoute. Il improvise comme au hasard. Il s'arrête. - Eh bien, eh bien, s'écrie Delacroix, ce n’est pas fini ! - Ce n'est pas commencé. Rien ne me vient... rien que des reflets, des ombres, des reliefs qui ne veulent pas se fixer. Je cherche la couleur, je ne trouve même pas le dessin. - Vous ne trouverez pas l'un sans l'autre, reprend Delacroix, et vous allez les trouver tous les deux. - Mais si je ne trouve que le clair de lune? - Vous aurez trouvé le reflet d'un reflet, répond Maurice (le fils de George Sand). L'idée plaît au divin artiste. Il reprend sans avoir l’air de recommencer, tant son dessin est vague et comme incertain. Nos yeux se remplissent peu à peu des teintes douces qui correspondent aux suaves modulations saisies par le sens auditif. Et puis la note bleue résonne et nous voilà dans l’azur de la nu...