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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un coeur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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La note bleue

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George Sand se souvient d'une soirée de janvier 1841: « Chopin n'écoute plus. Il est au piano et il ne s'aperçoit pas qu'on l'écoute. Il improvise comme au hasard. Il s'arrête. - Eh bien, eh bien, s'écrie Delacroix, ce n’est pas fini ! - Ce n'est pas commencé. Rien ne me vient... rien que des reflets, des ombres, des reliefs qui ne veulent pas se fixer. Je cherche la couleur, je ne trouve même pas le dessin. - Vous ne trouverez pas l'un sans l'autre, reprend Delacroix, et vous allez les trouver tous les deux. - Mais si je ne trouve que le clair de lune? - Vous aurez trouvé le reflet d'un reflet, répond Maurice (le fils de George Sand). L'idée plaît au divin artiste. Il reprend sans avoir l’air de recommencer, tant son dessin est vague et comme incertain. Nos yeux se remplissent peu à peu des teintes douces qui correspondent aux suaves modulations saisies par le sens auditif. Et puis la note bleue résonne et nous voilà dans l’azur de la nu...

Au-delà de toute parole

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  Le  2 décembre 1836, le pianiste  Charles Hallé — futur fondateur du célèbre Hallé Orchestra de Manchester 1 — écrit à ses parents: « Le même soir [30 novembre 1836], j’allai dîner chez le baron [Adolphe] d'Eichthal, où je fus traité très cordialement, et chez qui j’entendis Chopin. Ce fut au-delà de toute parole. Le peu de bon sens qui me restait m’a complètement abandonné. J’aurais pu me jeter dans la Seine. Tout ce que j’entends depuis me paraît si insignifiant que je préfèrerais ne rien entendre du tout.   Chopin ! Ce n’est pas un homme, c’est un ange, un dieu — que sais-je encore ? Les compositions de Chopin jouées par Chopin ! Quelle joie insurpassable ! Je vous décrirai son jeu une autre fois. […] Tandis que Chopin jouait, je ne pouvais penser à rien sinon à des elfes et danses féeriques, si merveilleuse est l’impression qui se dégage de ses compositions. Rien n’y rappelle qu’un être humain a produit cette musique. Cela semble descendre du ciel — si pur, ...

Nohant 1842 : naissance des Mazurkas op. 50

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  En novembre 1842, les Mazurkas op. 50 sont déjà publiées à Paris, composées quelques mois plus tôt à Nohant. À leur propos, George Sand écrivit à son ami, le peintre Eugène Delacroix : « Chopin a composé deux très belles mazurkas qui valent mieux que quarante romances et expriment plus que toute la littérature du siècle. » Elle faisait très probablement allusion à la Mazurka en do♯ mineur ainsi qu’à une autre pièce de cet opus. Nohant, côté parc (la chambre de Chopin: la fenêtre aux volets semi-clos et celle légèrement entrouverte) (📸 photo personnelle, 14 juin 2025 ) 🎶   Rafał Blechacz interprète la Mazurka en do♯ mineur op. 50 n° 3 (extrait de son dernier album , paru début octobre 2025) 🎶 🎧  Une playlist intitulée  Rafał Blechacz plays Chopin , regroupant toutes les œuvres de Chopin enregistrées par Rafał Blechacz, est disponible sur Spotify:  open.spotify.com/playlist/RafałBlechacz 1. Tadeusz A. Zieliński : Frédéric Chopin, pp. 645 et 648 ...

Fleurs Noires: l'hommage de Norwid

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   Cyprian Kamil Norwid (🎂 24 septembre 1821-1883), considéré  comme l'un plus grands poètes polonais du XIXe siècle, s'installe à Paris au début de l'année 1849.  1  Admirateur fervent de Chopin,  il ne fait sa connaissance qu’au cours des derniers mois de la vie du compositeur.   2  3 Dans Fleurs Noires  ( Czarne kwiaty ),  un essai   écrit en 1856 et  traduit ici par Paul Cazin,  Norwid livre ce témoignage:   « Lui, dans l’ombre du grand lit à rideaux, appuyé aux oreillers, enveloppé d’un châle, était beau comme il l’était toujours dans les plus simples attitudes de la vie. Il avait ce quelque chose d’achevé, de monumental, que l’aristocratie athénienne aurait pu entourer d’un culte, à la meilleure époque de la civilisation grecque […]  Chaque fois et en quelque circonstance que j’aie rencontré Chopin, j’ai trouvé en lui cette perfection d’apothéose. »  4 5 Buste de Chopin par Hipolit Marczewski (1853...

Une sceptique frappée par la grâce

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 De passage à Leipzig le 12 septembre 1836, Chopin rend visite à Robert Schumann . Ce dernier le conduit d’abord chez la famille Wieck , puis chez Henriette Voigt (1808-1839)  1 , une pianiste réputée pour ses goûts traditionnels et ses jugements sans concession en matière d’harmonie et de style. Jusqu’alors, chaque fois qu’elle s’était penchée sur les œuvres de Chopin, elle les avait écartées, les trouvant incompréhensibles.  2 Manuscrit autographe du Nocturne op. 27 n° 2 , page 1 (📸 chopin.nifc.pl  et  polona2.pl )  Mais le lendemain, 13 septembre, tout change. Elle note dans son journal :  « Hier, Chopin était ici et il a joué une heure sur mon piano — un Nocturne  3  [op. 27 n° 2] et des Études nouvelles [op. 25]. Homme intéressant et jeu plus captivant encore; il m’a profondément troublée.  L'exaltation extrême de son style visionnaire se communique à une oreille attentive ; j'en retenais mon souffle.  Elle est merveilleuse, l...

Le Couperin du XIXe siècle

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     Le 11 septembre 1733 s’éteignait François Couperin (1668-1733🌹). À plus d’un siècle de distance, un autre poète du clavier faisait chanter le piano. Chopin, un Couperin romantique ? Wanda Landowska (1879-1959), grande claveciniste du début du XXe siècle, aimait à dire que Chopin était « le Couperin du dix-neuvième siècle » ou encore un « Couperin teinté de romantisme » .   1   Elle appartenait, par ses maîtres, à la lignée directe de Chopin. Son premier professeur, Jan Kleczyński , s’était donné pour mission de recueillir les témoignages des élèves de Chopin. Elle a également étudié avec Karol Mikuli et Aleksander Michałowski, deux des plus illustres disciples du compositeur .   2 Clavecin réalisé par François-Étienne Blanchet  (1695-1761), dont Couperin  possédait un exemplaire . Peint par Christophe Huet (1700-1759), peintre animalier du roi. Instrument conservé au château de Thoiry  (📸 Wikipedia ) Les affinités entre Coup...

📚 Chopin à la mode : Paris, fin 1833

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     L’année 1833 s'achève sur une note éclatante pour Frédéric Chopin, tant sur le plan artistique que social. À Paris, il s'est fait un nom dans les cercles musicaux les plus en vue, et son image circule désormais dans la capitale : une gravure réalisée par Gottfried Engelmann, d’après un dessin de  Pierre-Roche  Vigneron, est publiée par l’éditeur Schlesinger .  1 2 3   Le portrait  Sa famille accueille cette publication avec un certain enthousiasme, mais émet des réserves quant à la ressemblance. Dans une lettre datée du 7 décembre, sa sœur cadette  Izabella écrit:  « Nous sommes fort contents de ton portrait, bien que les traits n'y soient pas aussi nettement marqués que sur la miniature peinte par Jacques. [...] Nowakowski vient, à l'instant, d'entrer. Lui non plus ne trouve pas ton portrait ressemblant; [...] »    Portrait de Chopin lithographié par Gottfried Engelmann (1833) d’après Pierre-Roche Vigneron. Signé et déd...