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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un cœur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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Le favori de tous les salons

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   Le 27 octobre 1849, Hector Berlioz publie son hommage nécrologique à Chopin dans le Journal des débats  :  « [...] Loin d’être morose, Chopin [...] se montrait d’une bonhomie malicieuse qui donnait un irrésistible attrait aux relations que ses amis avaient avec lui. Il apportait dans la conversation cet humour qui fit le charme principal et le caractère essentiel de son rare talent.     Un succès passionné auprès des femmes « Ses compositions pour le piano ont fait école. La grâce la plus originale, l’imprévu du tour mélodique, la hardiesse des harmonies et l’indépendance de l’accent rythmique s’y trouvent réunis à un système entier d’ornementation dont il fut l’inventeur et qui est resté inimitable. Ses études pour le piano sont des chefs-d’œuvre où se retrouvent concentrées les qualités éminentes de sa manière et ses plus rayonnantes inspirations. Nous les placerons même au-dessus de ses célèbres mazurkas qui, dès leur apparition, valurent à Ch...

📚 Enghien, une parenthèse estivale

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     Après le succès remporté au Conservatoire , ce haut lieu de la musique que Chopin aspirait à conquérir depuis son arrivée à Paris, que peut-il encore espérer d’une consécration aussi unanime ? Le correspondant parisien de la revue musicale de Schumann le reconnaît comme « à juste titre le pianiste le plus aimé ».  Cette renommée européenne comporte toutefois quelques obligations, comme celle de siéger au jury du concours de piano du Conservatoire. L’une des deux œuvres imposées est son Concerto en mi mineur . Pour échapper à cette tâche, Chopin invoque des projets de voyage.  1 Il passe les premières semaines de l’été à Enghien  2 , dans une pension située à proximité d'un parc pittoresque, au bord du lac. Soucieux de la santé fragile de son ami et colocataire, le médecin Jan Matuszyński  lui a recommandé les eaux et les bains de la station thermale. Il est possible qu’il l’y ait accompagné.  3  Selon certains auteurs, Bellini aurait l...

Beau Garçon

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  Le 18 septembre 1844  1 , Frédéric Chopin envoie à sa sœur Ludwika, à Varsovie, le manuscrit de Śliczny chłopiec  (Beau garçon), la première de ses mélodies polonaises composées sur des paroles du poète Józef Bohdan Zaleski , ainsi que la musique de chansons chantées à Nohant.   Il signe sa lettre :  « Ton vieux  Ch. »  Une formule qu’il utilise souvent cette année-là, comme dans ses lettres à ses amis Grzymała ou Franchomme . Et à George Sand, il pousse l’autodérision plus loin, en terminant par ces mots :  « Votre toujours plus vieux que jamais, et beaucoup, extrêmement, incroyablement vieux. Ch. » ( 2 décembre 1844   2 ) ou encore : « Votre momiquement vieux.  Ch. » (5 décembre 1844  3 ) – jeu de mots français (équivalent à  Pani stary jak mumia  en polonais), concluant avec un humour noir sa description de lui-même au coin du feu : « dans ma grosse redingote [...], j’étais jaune, fané, froid, et trois flanelles...

Des fantômes en Écosse

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 Le 9 septembre 1848, Frédéric Chopin, dont la santé déjà chancelante se détériore au cours de sa tournée en Angleterre, écrit, depuis Johnstone Castle en Écosse, à Solange Clésinger, la fille de George Sand : « Alors que je jouais ma Sonate en si bémol mineur au milieu d’un cercle d’amis anglais, il m’arriva une expérience insolite. J’avais exécuté l’ Allegro et le Scherzo à peu près correctement et j’allais juste commencer la Marche [ funèbre ], quand soudain je vis émerger du couvercle à moitié ouvert du piano les apparitions maudites qui m’étaient apparues un soir à la Chartreuse [de Valldemossa , à Majorque]. J’ai dû sortir un instant pour me ressaisir, après quoi, sans un mot, je me suis remis à jouer. »  1 La Barque de Dante ( ou  Dante et Virgile aux enfers  2 ) , Eugène Delacroix, Musée du Louvre , Paris (1822, 📸 wikipedia.org )   Ces hallucinations, évoquées par George Sand dans son autobiographie, s’étaient déjà manifestées lors de leur séjour ...

Les cousins écossais de Marie Stuart

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     Le 4 septembre 1848, Chopin, alors en tournée en Grande-Bretagne, malgré une santé précaire (il disparaîtra un an plus tard), écrit depuis Johnstone Castle 1 , dans les environs de Glasgow, à son ami Wojciech Grzymała , resté à Paris : « Le temps a changé, il fait mauvais dehors, je suis triste et les gens m'ennuient par le soin excessif qu'ils prennent de ma personne. Je ne peux ni respirer un peu, ni travailler. Je me sens seul, seul, seul, bien que je sois fort entouré. Mais pourquoi t'ennuyer de mes jérémiades. Tu as bien assez d'ennuis toi-même ! Ma lettre devrait venir t'égayer.    Johnstone Castle avant 1950 (📸  trove.scot ) « Si j'étais de bonne humeur, je te décrirais une Écossaise, 13ème cousine de Marie Stuart - sic !! Elle a pris un mari qui ne porte pas le même nom qu'elle et qui m'a fait part tout à fait sérieusement de cette particularité.    Ce ne sont que cousins et cousines de nobles familles portant d'illustres noms que nu...

Le récital de Manchester

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     Le 28 août 1848, Chopin donne un unique récital au prestigieux Manchester Gentleman’s Concert Hall.  1   Monument à Chopin, par  Robert Sobociński (2011),  Manchester, Royaume-Uni (📸 Tim Green,  ponadgranicami.org )  Il redoute de se produire dans une immense salle de 1200 places.  2  3   «  Mon jeu sera perdu dans une salle aussi vaste » 4 5 , confie-t-il à son ami irlandais des premières années parisiennes, Georg Alexander  Osborne   6 ,  —  qui accompagne les chanteurs ce soir-là. Malgré ses craintes, le public lui fait un triomphe : il est rappelé à trois reprises.  7 8 Osborne pressent toutefois les réserves de la presse et confiera plus tard :  « Son jeu était trop délicat pour susciter l’enthousiasme, et j’étais vraiment désolé pour lui. »  9 La santé de Chopin, en effet, décline rapidement — il s’éteindra l’année suivante, à l’âge de 39 ans.  Cette faiblesse n’écha...

« De vieux cymbalums nigauds »

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     💔 Le 18 août 1848, Chopin écrit à son ami Julian Fontana depuis l’Écosse : « […] Nous sommes comme de vieux cymbalums [jeu de mots polonais sur cymbały , qui désigne à la fois le cymbalum, instrument de musique, et, familièrement des nigauds , des imbéciles ], auxquels le temps et les circonstances ont fait jouer leurs misérables petits trilles. […] La table d'harmonie est excellente; seules les cordes sont cassées et quelques chevilles ont disparu.  Mais le malheur, le voici : nous sommes l'œuvre d'un luthier illustre, celle de quelque Stradivarius sui generis qui n'est plus là pour nous réparer. […] Moi, je respire à peine : je suis tout prêt à crever [en français dans le texte]. Toi, tu deviendras complètement chauve et tu te pencheras sur ma tombe, semblable aux saules de chez nous qui, t'en souviens-tu, montrent un crâne dénudé. [...] Je t'écris des bêtises car je n'ai plus rien de raisonnable dans la tête. Je végète et j'attends patiemment ...