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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un cœur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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Les « notes mûres » de Chopin

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     Le 5 juin 1835, la revue Le Pianiste publie un témoignage original sur l'art de Chopin : « [...] Le personnel des pianistes offre sans doute des exceptions; nous citerons notamment M. Chopin, qui préfère la pensée au tour de force, et dont les compositions, ainsi que le style pratique, se distinguent par une correction de dessin qui n'a rien de mesquin, rien d'étroit ni de trop prévu ; par une originalité sans prétention, une hardiesse sans écarts, un éclat sans clinquant, une énergie sans coups de poing, et une expression toujours claire, toujours sensée et vivement saisissante, M. Chopin est parvenu à chanter sur le piano, ce qui est le plus rare mérite dans l'espèce; il est parvenu surtout à amollir les sons de l'instrument de manière à leur ôter un peu de ce qu’ils ont de sec et de décousu.   Si j'osais me servir d'une métaphore un peu triviale, mais singulièrement vraie, par laquelle j'ai entendu caractériser la sonorité qui lui est propre, je...

Ses doigts divins

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     Le 30 mai 1842, Eugène Delacroix écrit à George Sand, qui l'invite à séjourner à Nohant durant l'été:  « […] Dites à mon cher petit Chopin que les parties que j’aime, c’est la flânerie dans des allées en parlant de musique, et le soir sur un canapé à en entendre quand le Dieu descend sur ses doigts divins. [...] »  1   Le Jardin de George Sand à Nohant , Eugène Delacroix (vers 1842-1843, Metropolitan Museum of Art, New York, 📸  Wikimedia  et  Wikipedia )    Lettre d'Eugène Delacroix à George Sand du 30 mai 1842 (📸  Institut national d'histoire de l'art ) 🎶  Rafał Blechacz interprète la Mazurka en la bémol majeur op. 50 n° 2, composée cette même année (extrait de son dernier album, paru en octobre 2025). 🎶  🎧 Une playlist intitulée Rafał Blechacz plays Chopin , regroupant toutes les œuvres de Chopin enregistrées par Rafał Blechacz, est disponible sur Spotify: open.spotify.com/playlist/RafałBlechacz 1...

📚 Début 1835 : une complicité en musique

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     En ce début d’année 1835, malgré la distance qui sépare Frédéric Chopin de sa famille, la complicité demeure intacte. Une lettre du 9 février, écrite par son père  Nicolas   et sa sœur aînée Ludwika, en témoigne avec tendresse. On y découvre notamment d’amusants concerts domestiques autour de la chanson populaire « Malbrough s’en va-t-en guerre  1  ».   ... le même air que je te jouais de la flûte que tu m’as gâtée quand je te la donnais pour joujou  Nicolas commence: […] Mais je vois par ta lettre que tu te plains de tes éditeurs, je te connais, ils profitent de ta bonne foi; ils savent que tu ne sais rien refuser et quand ils t’ont surpris ta parole, ils te tourmentent, car ils y trouvent bien leur compte en achetant les ouvrages à un prix très modique, car tu n’es pas assez tenace pour marchander.  […] En voilà assez sur ce sujet si ce n’est que je suis vraiment surpris de ton extase de ce que je joue du violon et que ton bo...

📚 Fin 1834: à l’aube d’un grand projet

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     Après avoir répondu avec émotion à Maria Wodzińska le 18 juillet 1834 et lui avoir adressé sa Grande Valse brillante op. 18, Chopin remet cette partition ainsi que la lettre destinée à la famille Wodziński au pianiste genevois Pierre Wolff, alors de passage à Paris. Ancien élève et ami de Franz Liszt, Wolff sera bientôt nommé professeur au futur Conservatoire de Genève, fondé l’année suivante.  1  Il emporte également l’autographe du Presto con leggierezza , dédicacé par Chopin ce même jour : « Paris, 18 juillet 1834, à mon ami P. Wolff ».  2 Le Presto con leggierezza (Prélude en la bémol majeur, WN 44, KKIVb/7) ne sera publié qu'en 1919.  3 Manuscrit autographe du Presto con leggierezza , page 1 (📸 Library of Congress ) Manuscrit autographe signé du Presto con leggierezza , page 2:  « Paris, 18 juillet 1834, à mon ami P. Wolff »  (📸 Library of Congress ) nifc.pl 🎶 Rafał Blechacz interprète le Presto con leggierezza (Pr...

Il n’est pas le premier, il est à part

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   Le 24 avril 1841, le quotidien La Presse annonce le concert imminent de Frédéric Chopin à Paris — son premier concert public depuis six ans :  « Il est un artiste, à Paris, qui a une place tout à fait particulière : chacun le connaît, chacun l’admire, et presque personne ne l’a entendu. Il ne va ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Vienne, et la Russie, l’Angleterre et l’Allemagne le citent et l’attendent. Il ne donne jamais de concerts, et sa réputation reste toujours la même, en dépit de son silence. Les talents les plus éclatants l’honorent et le saluent avec respect ; sa gloire, cachée au fond du cœur, n’éclipse celle de personne, et domine celle de tout le monde : il n’est pas le premier, il est à part. Chacun devine que c’est de Chopin qu’il s’agit. […] Le concert aura lieu dans les salons de Pleyel, rue Rochechouart. »  1 2    Manufacture et Salons Pleyel, 20-24 rue de Rochechouart, Paris, en 1839 (📸  Pleyel )  "Théâtre, fêtes et...

Un concert sur un piano muet

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   Le 18 avril 1841, George Sand évoque avec humour l’état d’esprit de Frédéric Chopin, huit jours avant son premier concert public à Paris depuis six ans. Elle écrit à son amie, la cantatrice Pauline Viardot : « Une grande, grandissime nouvelle, c'est que le petit Chip Chip va donner un grrrrrrand concert. Ses amis le lui ont tant fourré dans la tête qu’il s'est laissé persuader. Cependant il se flattait toujours que cela serait si difficile à arranger, qu'on y renoncerait. Les choses ont été plus vite qu'il ne croyait. À peine avait-il lâché le oui fatal, que tout s'est trouvé fait comme par miracle, et que les 3/4 de ses billets étaient pris, avant qu'on eût même annoncé, alors il s'est réveillé comme d'un songe, et l’on ne peut rien voir de plus drôle, que le méticuleux et irrésolu Chip Chip, obligé de ne plus changer d'avis. Il espérait que vous viendriez et que vous chanteriez pour lui, accompagnée par lui. Quand j’ai reçu votre lettre et qu...