Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un cœur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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📚 Chopin à la mode : Paris, fin 1833

 

   L’année 1833 s'achève sur une note éclatante pour Frédéric Chopin, tant sur le plan artistique que social.

À Paris, il s'est fait un nom dans les cercles musicaux les plus en vue, et son image circule désormais dans la capitale : une gravure réalisée par Gottfried Engelmann, d’après un dessin de Pierre-Roche Vigneron, est publiée par l’éditeur Schlesinger1 2 3 


Le portrait 

Sa famille accueille cette publication avec un certain enthousiasme, mais émet des réserves quant à la ressemblance. Dans une lettre datée du 7 décembre, sa sœur cadette Izabella écrit: 

« Nous sommes fort contents de ton portrait, bien que les traits n'y soient pas aussi nettement marqués que sur la miniature peinte par Jacques. [...] Nowakowski vient, à l'instant, d'entrer. Lui non plus ne trouve pas ton portrait ressemblant; [...] » 

 

Portrait de Chopin lithographié par Gottfried Engelmann (1833) d’après Pierre-Roche Vigneron. Signé et dédicacé en 1834 par le compositeur à son professeur Józef Elsner. (📸Czytanie Obrazowsothebys.com, et kolekcja.nifc.pl)



Les amours

Izabella évoque également, non sans ironie, les amours de son frère. Elle s’étonne que son cœur semble encore attaché à la Pologne — et plus précisément à Konstancja Gładkowska, la jeune cantatrice que Frédéric avait tant admirée à Varsovie : 

« Tu dis que tes amours sont ici. Tant que tu n'en as pas parlé, je me suis tue aussi, mais je sais ce qui se passe et comme toi, je m'étonne qu'on puisse être aussi insensible. On voit qu'un palais a exercé un très grand attrait,  et l'on voit aussi que tu as fait une mauvaise affaire. Mais où est le bon goût, le sentiment. Ah, du sentiment, il y en avait seulement dans le chant. » 4

Quant à Nicolas, le père de Frédéric, c'est surtout la santé de son fils qui le préoccupe. Dans sa lettre du 7 décembre, il exprime son inquiétude devant le rythme effréné de la vie parisienne : 

« Je vois par tes lettres que tu es très occupé; [...] mais il ne faut point que le travail t'accable, car enfin tu dois penser à ta santé, et tes occupations ne sont pas mécaniques. Je ne te blâme pas de te distraire en fréquentant les sociétés distinguées, seulement je crains les trop longues soirées, car il te faut du repos. » 5 


L'hommage à Bach

Le 15 décembre 1833, Chopin participe à un concert organisé par son ami Ferdinand Hiller, grand admirateur 6 de la musique de Jean-Sébastien Bach. Dans la prestigieuse salle du Conservatoire, il partage le clavier avec Hiller et Liszt pour interpréter l’Allegro du Concerto en ré mineur pour trois pianos de Bach – un choix audacieux, à une époque où la musique de celui-ci n’est plus en vogue dans l’univers romantique. 7 8

En première partie, Hector Berlioz crée sa IIe Symphonie9 Lui qui n'apprécie guère la musique ancienne, et notamment celle de Bach, se montre particulièrement critique dans Le Rénovateur du 29 décembre: 

« C'est déchirant, je le jure, de voir trois talents étonnants, pleins d'énergie, éclatants de jeunesse et de vie, réunis pour exécuter cette psalmodie inepte et ridicule. » 10 11


Un artiste à part... son exécution marbrée de mille nuances...

Pourtant, le même Berlioz avait annoncé ce concert très attendu dans Le Rénovateur du 15 décembre, et consacré un article élogieux à Chopin – le premier qu’il lui ait dédié: 12 13

« Chopin est un talent d’une tout autre nature [que Liszt]. Pour pouvoir l’apprécier complètement, je crois qu’il faut l’entendre de près, au salon plutôt qu’au théâtre, et faire abstraction de toute idée reçue; on ne pourrait en faire l’application ni à lui, ni à sa musique. Chopin comme exécutant et comme compositeur, est un artiste à part, il n’a point de ressemblance avec un autre musicien de ma connaissance. Ses mélodies, toutes imprégnées des formes polonaises, ont quelque chose de naïvement sauvage qui charme et captive par son étrangeté même; dans ses Études on trouve des combinaisons harmoniques d'une étonnante profondeur; il a imaginé une sorte de broderie chromatique reproduite dans plusieurs de ses compositions, dont l'effet ne peut se décrire tant il est bizarre et piquant. Malheureusement il n’y a guère que Chopin lui-même qui puisse jouer sa musique et lui donner ce tour original, cet imprévu qui est un de ses charmes principaux; son exécution est marbrée de mille nuances de mouvement dont il a seul le secret et qu'on ne pourrait indiquer. Il y a des détails incroyables dans ses Mazurkas; encore a-t-il trouvé le moyen de les rendre doublement intéressants en les exécutant avec le dernier degré de douceur au superlatif du piano, les marteaux effleurant les cordes, tellement qu'on est tenté de s'approcher de l'instrument et de prêter l'oreille comme on ferait à un concert de sylphes ou de follets. »

Plus tard, Berlioz nuancera son admiration dans ses Mémoires, où il reproche à Chopin d'être « uniquement le virtuose des salons élégants, des réunions intimes » et d'avoir « poussé beaucoup trop loin, selon moi, l'indépendance rythmique ». 14

Deux ans après son arrivée à Paris, Chopin peut se féliciter d’avoir atteint une reconnaissance à laquelle il aspirait avec tant d’ardeur. Il est à la mode 15 16, la presse commence à lui consacrer des articles élogieux. 17   Ses oeuvres sont désormais publiées dans les plus grandes maisons d'édition européennes. Durant cette période, il fait paraître la quasi-totalité de ses compositions écrites à Varsovie et à Vienne. 18


Instant musical


🕊️ Dans chaque épisode de cette série, sont proposées une ou plusieurs œuvres en lien avec une étape du parcours de Chopin. (Voir la note d’introduction dans l’article du 2 novembre 1830 : 📚 Les derniers adieux à Varsovie)


Rondeau en mi bémol majeur op. 16 

Composé entre 1832 et 1833, ce Rondo prolonge l’esthétique brillante des œuvres de jeunesse de Chopin. Œuvre de virtuosité, elle répond aux attentes du public et des amateurs de l’époque, et semble conçue avant tout pour la publication. 19 20 

Le musicologue Zdzisław Jachimecki a suggéré que la pièce pourrait remonter à la période varsovienne du compositeur. L’introduction aurait été écrite en 1833, à Paris ou à Côteau21 22

L'œuvre est dédiée à l’une de ses élèves les plus talentueuses, Caroline Hartmann. Dernier des quatre Rondos pour piano de Chopin, il paraît chez Ignace Pleyel en mars 1834 — peu avant que le catalogue de l’éditeur ne soit repris par Schlesinger. 23 

nifc.pl


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Vladimir Horowitz interprète le Rondeau en mi bémol majeur op. 16 (précédé d'une Introduction) 

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1. Tadeusz A. Zieliński : Frédéric Chopin, p. 383
2. The Fryderyk Chopin Institute: Portrait
3. Bronisław Edward Sydow : Correspondance de Frédéric Chopin, tome II (Korespondencja Fryderyka Chopina), pp. 100-101
4. Bronisław Edward Sydow : Correspondance de Frédéric Chopin, tome II (Korespondencja Fryderyka Chopina), p. 102
5. Bronisław Edward Sydow : Correspondance de Frédéric Chopin, tome II (Korespondencja Fryderyka Chopina), p. 98) 
6. L’Institut National Frédéric Chopin (Narodowy Instytut Fryderyka Chopina): 22 February
7. Tadeusz A. Zieliński : Frédéric Chopin, p. 390
8. 9Marie-Paule Rambeau : Chopin, l’Enchanteur autoritaire, p. 313 
10. Tadeusz A. Zieliński : Frédéric Chopin, p. 390 
11. Marie-Paule Rambeau : Chopin, l’Enchanteur autoritaire, p. 314
12. Jean-Jacques Eigeldinger: Frédéric Chopin, Interprétations, Chopin et la manufacture Pleyel, p. 100
13. Marie-Paule Rambeau : Chopin, l’Enchanteur autoritaire, p. 312 
14. Marie-Paule Rambeau : Chopin, l’Enchanteur autoritaire, pp. 313 et 345 note 99
15. Jean-Jacques Eigeldinger : Chopin, âme des salons parisiens, p. 16
16. Marie-Paule Rambeau : Chopin, l’Enchanteur autoritaire, p. 314
17. Tadeusz A. Zieliński : Frédéric Chopin, p. 395
18. L’Institut National Frédéric Chopin (Narodowy Instytut Fryderyka Chopina) Winter 1833
19. Tadeusz A. Zieliński : Frédéric Chopin, p. 374
20. L’Institut National Frédéric Chopin (Narodowy Instytut Fryderyka Chopina) Rondo in E flat major
21. Marie-Paule Rambeau : Chopin, l’Enchanteur autoritaire, p. 327
22. L’Institut National Frédéric Chopin (Narodowy Instytut Fryderyka Chopina) Rondo in E flat major
23. Marie-Paule Rambeau : Chopin, l’Enchanteur autoritaire, p. 327

📖 Sources :  Bibliographie


➡️ Découvrez l’originalité des nouvelles œuvres de Chopin en suivant le prochain épisode : 📚 Les Zéphyrs

🗓️  Découvrez d'autres épisodes marquants de la vie de F. Chopin en cliquant sur ce lien : Actualités, anecdotes, calendrier

 La chronologie des œuvres de Chopin est détaillée dans la page Œuvres complètes


Note: afin de faciliter la recherche, en raison des contraintes de clavier, les noms cités sont orthographiés ici sans signes diacritiques, sans déclinaisons, ligatures, ni autres particularités typographiques: Bronislaw, Zielinski, Fryderyk, Jozef Elsner, Konstancja Gladkowska, Zdzislaw Jachimecki, coeur, voeu, soeur, oeuvre

Biographie #80 📚80

Article publié le septembre 02, 2025 • Mis à jour le mai 22, 2026

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