Articles

Affichage des articles associés au libellé Humour

Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un cœur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

Consulter la page

Le favori de tous les salons

Image
   Le 27 octobre 1849, Hector Berlioz publie son hommage nécrologique à Chopin dans le Journal des débats  :  « [...] Loin d’être morose, Chopin [...] se montrait d’une bonhomie malicieuse qui donnait un irrésistible attrait aux relations que ses amis avaient avec lui. Il apportait dans la conversation cet humour qui fit le charme principal et le caractère essentiel de son rare talent.     Un succès passionné auprès des femmes « Ses compositions pour le piano ont fait école. La grâce la plus originale, l’imprévu du tour mélodique, la hardiesse des harmonies et l’indépendance de l’accent rythmique s’y trouvent réunis à un système entier d’ornementation dont il fut l’inventeur et qui est resté inimitable. Ses études pour le piano sont des chefs-d’œuvre où se retrouvent concentrées les qualités éminentes de sa manière et ses plus rayonnantes inspirations. Nous les placerons même au-dessus de ses célèbres mazurkas qui, dès leur apparition, valurent à Ch...

« Le ciel est beau, et mon cœur est triste »

Image
     Le 20 octobre 1841, Chopin se confie depuis Nohant à son ami Julian Fontana , resté à Paris :  « [...] Aujourd’hui, j’ai terminé la Fantaisie [op. 49] — le ciel est beau, et mon cœur est triste — mais cela ne fait rien. S’il en était autrement, peut-être mon existence n'aurait-elle servi à personne.  Cachons-nous jusqu’après la mort — N.B. pas selon la conception de Leroux 1  — d’après lui, plus un homme se suicide jeune, plus il est sage. N’en tire aucune conclusion erronée — je vais simplement aller dîner. Ton vieux Ch. »  2   La table d'hôtes de Nohant reconstituée, avec la place de Pierre Leroux à gauche de celle de George Sand (📸 photo personnelle, Nohant, 14 juin 2025 )  🎶  Krystian Zimerman interprète la Fantaisie en fa mineur , op. 49 🎶 1. Pierre Leroux (1797-1871) philosophe, éditeur, et homme politique français, théoricien du socialisme et ami de George Sand. ( Wikipedia ) 2. Cette lettre du 20 octobre 1841 ne fi...

Nous n’en avions jamais assez de l’écouter

Image
     Le 26 septembre 1835, Anna Thun-Hohenstein , une élève de Frédéric Chopin, se souvient dans son journal intime du séjour du compositeur et de ses parents, quelques jours auparavant, au château familial de  Tetschen [Děčín, Tchéquie]  : « […] Le premier jour, il n’y avait pas moyen de l’aborder, tant il était triste de s’être séparé de ses parents [qu’il ne reverra jamais], repartis pour Varsovie; mais cela nous plaisait qu’il ait voulu être laissé à sa douleur, c’était tout naturel. Mais il s’est rattrapé les jours suivants, et nous n’en avions jamais assez de l’écouter. Il est impossible de jouer avec plus de légèreté, de sentiment, en même temps qu’avec plus de force ces œuvres casse-cou.  L’écouter improviser est un pur délice. Il se fait donner différents thèmes et se met à jouer dessus pendant une demi-heure entière comme si de rien n’était.   […] Et de plus, Chopin est un homme infiniment gentil, simple et gai. Avec son remarquable tale...

Beau Garçon

Image
  Le 18 septembre 1844  1 , Frédéric Chopin envoie à sa sœur Ludwika, à Varsovie, le manuscrit de Śliczny chłopiec  (Beau garçon), la première de ses mélodies polonaises composées sur des paroles du poète Józef Bohdan Zaleski , ainsi que la musique de chansons chantées à Nohant.   Il signe sa lettre :  « Ton vieux  Ch. »  Une formule qu’il utilise souvent cette année-là, comme dans ses lettres à ses amis Grzymała ou Franchomme . Et à George Sand, il pousse l’autodérision plus loin, en terminant par ces mots :  « Votre toujours plus vieux que jamais, et beaucoup, extrêmement, incroyablement vieux. Ch. » ( 2 décembre 1844   2 ) ou encore : « Votre momiquement vieux.  Ch. » (5 décembre 1844  3 ) – jeu de mots français (équivalent à  Pani stary jak mumia  en polonais), concluant avec un humour noir sa description de lui-même au coin du feu : « dans ma grosse redingote [...], j’étais jaune, fané, froid, et trois flanelles...

L'impression d'une effusion spontanée

Image
     Le 7 juillet 1848, Frédéric Chopin donne à Londres l'un des derniers concerts de sa carrière. Grâce au facteur de pianos John Broadwood , il a fait la connaissance de Lord Falmouth, riche aristocrate mélomane qui met à sa disposition son hôtel particulier du 2 St James's Square. Près de deux cents invités assistent à cet évènement.  1 Programme du concert de F. Chopin du 7 juillet 1848 à Londres (📸   The Cobbe Collection Trust ) Chopin y interprète notamment un Andante Sostenuto (probablement celui de l'opus 22  2 ), le Scherzo en si bémol mineur op. 31, les Études op. 25 en la bémol majeur (n° 1), fa mineur (n° 2), do dièse mineur (n° 7) , un Nocturne , la Berceuse , des Préludes , des Mazurkas ,  une Ballade , et des Valses . Pauline Viardot chante des Mazurkas arrangées par elle-même pour la voix .  3 Trois jours plus tard, le Daily News publie sous la plume du critique musical George Hogarth un article qui demeure l'un des plus...

Les cousins écossais de Marie Stuart

Image
     Le 4 septembre 1848, Chopin, alors en tournée en Grande-Bretagne, malgré une santé précaire (il disparaîtra un an plus tard), écrit depuis Johnstone Castle 1 , dans les environs de Glasgow, à son ami Wojciech Grzymała , resté à Paris : « Le temps a changé, il fait mauvais dehors, je suis triste et les gens m'ennuient par le soin excessif qu'ils prennent de ma personne. Je ne peux ni respirer un peu, ni travailler. Je me sens seul, seul, seul, bien que je sois fort entouré. Mais pourquoi t'ennuyer de mes jérémiades. Tu as bien assez d'ennuis toi-même ! Ma lettre devrait venir t'égayer.    Johnstone Castle avant 1950 (📸  trove.scot ) « Si j'étais de bonne humeur, je te décrirais une Écossaise, 13ème cousine de Marie Stuart - sic !! Elle a pris un mari qui ne porte pas le même nom qu'elle et qui m'a fait part tout à fait sérieusement de cette particularité.    Ce ne sont que cousins et cousines de nobles familles portant d'illustres noms que nu...

Nohant, août 1845 : danse, humour et nostalgie

Image
     En août 1845, Chopin écrit depuis Nohant à sa sœur Ludwika et à son époux : « Mes bien-aimés, [...] Dimanche dernier, c'était la Sainte Anne, fête de la patronne du village. Comme le milieu de la cour est à présent occupé par des massifs de fleurs, on a dansé devant l'église sur le gazon.     Eglise Sainte-Anne de Nohant (📸 photo personnelle, 13 juin 2025 ) [...] Oh! comme le temps passe! Je ne sais pourquoi mais je ne fais rien qui vaille, et pourtant je ne chôme pas ; je ne vagabonde pas d'un endroit à l'autre comme je l'ai fait en votre compagnie : je passe des journées et des soirées entières dans ma chambre. Il faut cependant que je termine certains manuscrits avant de rentrer car il m'est impossible de composer pendant l'hiver. Depuis votre départ  [été 1844] , je n'ai écrit que cette Sonate [en si mineur, op. 58]. A l'exception de nouvelles mazurkas [op. 59], rien n'est prêt pour l'impression, et pourtant il le faudrait. On enten...

Chopin en Écosse : humour et désarroi

Image
 Malade, affaibli, Chopin séjourne plusieurs mois en 1848 en Grande-Bretagne. Malgré la fatigue et l’exil, il conserve son esprit d’auto-dérision. Le 6 août, il écrit à son ami  Auguste Franchomme , resté à Paris : « […] Ma santé n’est pas tout à fait mauvaise, mais je deviens plus faible et l’air d’ici ne me va pas encore. […] J’aimerais beaucoup que l’on me donne une pension viagère pour n’avoir rien composé […]. Après ces parenthèses, je te dirai vraiment que je ne sais ce que je deviendrai en automne […].     Calder House , propriété de Lord Torphichen , où séjourne Chopin (📸  Wikipedia , détail)  Le parc est très beau ici – le châtelain très excellent  1  – et je me porte aussi bien qu’il est permis. Pas une idée musicale propre – je suis hors de mon ornière – je suis comme par exemple un âne au bal masqué, une chanterelle [corde la plus aiguë] de violon sur une contrebasse – étonné, ahuri […].  J’ai ici une tranquillité parfaite et de...