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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un cœur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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L'impression d'une effusion spontanée

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     Le 7 juillet 1848, Frédéric Chopin donne à Londres l'un des derniers concerts de sa carrière. Grâce au facteur de pianos John Broadwood , il a fait la connaissance de Lord Falmouth, riche aristocrate mélomane qui met à sa disposition son hôtel particulier du 2 St James's Square. Près de deux cents invités assistent à cet évènement.  1 Programme du concert de F. Chopin du 7 juillet 1848 à Londres (📸   The Cobbe Collection Trust ) Chopin y interprète notamment un Andante Sostenuto (probablement celui de l'opus 22  2 ), le Scherzo en si bémol mineur op. 31, les Études op. 25 en la bémol majeur (n° 1), fa mineur (n° 2), do dièse mineur (n° 7) , un Nocturne , la Berceuse , des Préludes , des Mazurkas ,  une Ballade , et des Valses . Pauline Viardot chante des Mazurkas arrangées par elle-même pour la voix .  3 Trois jours plus tard, le Daily News publie sous la plume du critique musical George Hogarth un article qui demeure l'un des plus...

Le récital de Manchester

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     Le 28 août 1848, Chopin donne un unique récital au prestigieux Manchester Gentleman’s Concert Hall.  1   Monument à Chopin, par  Robert Sobociński (2011),  Manchester, Royaume-Uni (📸 Tim Green,  ponadgranicami.org )  Il redoute de se produire dans une immense salle de 1200 places.  2  3   «  Mon jeu sera perdu dans une salle aussi vaste » 4 5 , confie-t-il à son ami irlandais des premières années parisiennes, Georg Alexander  Osborne   6 ,  —  qui accompagne les chanteurs ce soir-là. Malgré ses craintes, le public lui fait un triomphe : il est rappelé à trois reprises.  7 8 Osborne pressent toutefois les réserves de la presse et confiera plus tard :  « Son jeu était trop délicat pour susciter l’enthousiasme, et j’étais vraiment désolé pour lui. »  9 La santé de Chopin, en effet, décline rapidement — il s’éteindra l’année suivante, à l’âge de 39 ans.  Cette faiblesse n’écha...

Du rire aux larmes

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     « Quelle soirée nous avons passée, chère mère ! Tu eusses été bien heureuse d’entendre, comme nous, l’admirable talent de Chopin. Il n’a cessé que vers minuit de nous faire passer, à son gré, par toutes les émotions : heureuses ou tristes, gaies ou sérieuses, selon qu’il les éprouvait lui-même. De gauche à droite : caricatures de Liszt, Delacroix, Sand, et au centre, caricaturé en colibri : Chopin. Détail de l’éventail des caricatures, par Auguste Charpentier (📸  Musée de la Vie romantique , Paris)   « Je n’ai jamais de ma vie entendu un talent comme celui-là ; c’est prodigieux de simplicité, de douceur, de bonté et d’esprit. Il nous a joué une parodie d’un opéra de Bellini, qui nous a fait rire à nous tordre, tant il y avait de finesse d’observation et de spirituelle moquerie du style et des habitudes musicales de Bellini ; puis une prière des Polonais dans la détresse, qui nous arrachait des larmes ; puis une étude sur le bruit du tocsin, qui faisai...

Le revirement d'un féroce critique musical

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     En 1833, le critique musical berlinois Ludwig Rellstab s’exprimait avec sévérité à propos des premiers Nocturnes (op. 9) de Chopin, dans sa revue Iris , établissant un parallèle avec John Field, le compositeur irlandais considéré comme le créateur du genre : « Là où Field sourit, M. Chopin se tord en grimaces ; là où Field soupire, M. Chopin gémit ; où Field hausse les épaules, M. Chopin se cambre ; si Field ajoute quelques épices à son mets, M. Chopin y verse une pleine poignée de poivre de Cayenne. […] Nous conjurons M. Chopin de revenir au naturel. » Revue Iris du 2 août 1833, première page et début de l'article de Rellstab (📸 archive.org ) Mais six ans plus tard, le 5 juillet 1839, le même Rellstab revient sur le Nocturne op. 9 n° 2, fraîchement réédité, avec un regard métamorphosé : « Le monde a-t-il changé, ou bien est-ce nous qui avons changé ? [...] Ce nocturne nous paraît désormais léger et fluide. Il se présente avec aisance, même si son exécution pourra...

La grâce et la simplicité de Mozart

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  💐 L'admiration particulière de Chopin pour Mozart transparaît dans les souvenirs de Friederike Müller (🎂 3 juillet 1816 - 1895), l'une de ses élèves préférées et les plus talentueuses:  « Mozart lui procurait toujours la même joie et suscitait la même admiration que Raphaël ; il percevait une harmonie absolue dans l'art des deux génies, et contemplait souvent, avec une profonde allégresse, la manière dont ils parvenaient à obtenir les plus grands effets avec des moyens aussi simples.  "Dans la musique de Mozart – a-t-il dit – vous trouvez une retenue dans les accords, ce qui est enchanteur. J'avoue que, bien que j'admire Beethoven, je préfère Mozart, surtout pour sa grâce naïve et sa magnifique simplicité" ».  Costume pour Madame Cinti-Damoreau   dans le rôle de Zerline dans Don Juan, Académie Royale de Musique, gravure par Maleuvre, imprimé par Hautecœur-Martinet (📸    meisterdrucke.uk ) 🎶   Jan Lisiecki et l'Orchestre NDR Elbphilharmo...

L'inspiration la plus passionnée

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  La Gazette musicale de Paris , dans son numéro du 29 juin 1834, écrit à propos des Mazurkas op. 17 : « M. Chopin s'est acquis une réputation toute spéciale par la manière spirituelle et profondément artistique avec laquelle il sait traiter la musique nationale de la Pologne, genre de musique qui ne nous était encore que fort peu connu. [...]  La véritable Mazourka polonaise, telle que M. Chopin nous la reproduit, porte un caractère si particulier et s'adapte en même temps avec tant d'avantage à l'expression d'une sombre mélancolie comme à celle d'une joie excentrique; elle convient si bien aux chants d'amour comme aux chants de guerre […]. Il faudra cependant pour arriver à une bonne exécution de ces Mazourkas, avoir compris d'une manière intime le caractère du génie de l'auteur, car ici encore il nous apparaît poétique, tendre, fantastique, toujours gracieux et toujours aimable, même dans les moments où il s'abandonne à l'inspiration l...

📚 Critiques, soulèvements, et projets d'ailleurs

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     Après avoir essuyé un refus en mars 1832, Frédéric Chopin a finalement l’occasion de se produire sur la scène du Conservatoire de musique de Paris le 20 mai, lors d’un concert de bienfaisance organisé au profit des victimes du choléra  par le prince de la Moskowa.  1 2  Il joue le premier mouvement du Concerto en mi mineur , avec orchestre.  3 Mais il devient de plus en plus évident que Chopin n’est pas fait pour les grandes scènes.  4    Dans sa Revue Musicale du 26 mai, Fétis le critique pour « un son vraiment trop faible ». Quatre jours plus tôt, un journaliste du Temps du 22 mai allait dans le même sens, tout en nuançant son propos :  « ... à mon avis, [il] deviendra très célèbre avec le temps, surtout comme compositeur. Riche en idées et original, il ne sait pas encore cependant les faire passer dans l’orchestre. […] La première partie du Concerto, qu’il a déjà exécutée, a suscité une plus grande impression aux concer...