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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un coeur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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Il n’est pas le premier, il est à part

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   Le 24 avril 1841, le quotidien La Presse annonce le concert imminent de Frédéric Chopin à Paris — son premier concert public depuis six ans :  « Il est un artiste, à Paris, qui a une place tout à fait particulière : chacun le connaît, chacun l’admire, et presque personne ne l’a entendu. Il ne va ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Vienne, et la Russie, l’Angleterre et l’Allemagne le citent et l’attendent. Il ne donne jamais de concerts, et sa réputation reste toujours la même, en dépit de son silence. Les talents les plus éclatants l’honorent et le saluent avec respect ; sa gloire, cachée au fond du cœur, n’éclipse celle de personne, et domine celle de tout le monde : il n’est pas le premier, il est à part. Chacun devine que c’est de Chopin qu’il s’agit. […] Le concert aura lieu dans les salons de Pleyel, rue Rochechouart. »  1 2    Manufacture et Salons Pleyel, 20-24 rue de Rochechouart, Paris, en 1839 (📸  Pleyel )  "Théâtre, fêtes et...

Un concert sur un piano muet

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   Le 18 avril 1841, George Sand évoque avec humour l’état d’esprit de Frédéric Chopin, huit jours avant son premier concert public à Paris depuis six ans. Elle écrit à son amie, la cantatrice Pauline Viardot : « Une grande, grandissime nouvelle, c'est que le petit Chip Chip va donner un grrrrrrand concert. Ses amis le lui ont tant fourré dans la tête qu’il s'est laissé persuader. Cependant il se flattait toujours que cela serait si difficile à arranger, qu'on y renoncerait. Les choses ont été plus vite qu'il ne croyait. À peine avait-il lâché le oui fatal, que tout s'est trouvé fait comme par miracle, et que les 3/4 de ses billets étaient pris, avant qu'on eût même annoncé, alors il s'est réveillé comme d'un songe, et l’on ne peut rien voir de plus drôle, que le méticuleux et irrésolu Chip Chip, obligé de ne plus changer d'avis. Il espérait que vous viendriez et que vous chanteriez pour lui, accompagnée par lui. Quand j’ai reçu votre lettre et qu...

La note bleue

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George Sand se souvient d'une soirée de janvier 1841: « Chopin n'écoute plus. Il est au piano et il ne s'aperçoit pas qu'on l'écoute. Il improvise comme au hasard. Il s'arrête. - Eh bien, eh bien, s'écrie Delacroix, ce n’est pas fini ! - Ce n'est pas commencé. Rien ne me vient... rien que des reflets, des ombres, des reliefs qui ne veulent pas se fixer. Je cherche la couleur, je ne trouve même pas le dessin. - Vous ne trouverez pas l'un sans l'autre, reprend Delacroix, et vous allez les trouver tous les deux. - Mais si je ne trouve que le clair de lune? - Vous aurez trouvé le reflet d'un reflet, répond Maurice (le fils de George Sand). L'idée plaît au divin artiste. Il reprend sans avoir l’air de recommencer, tant son dessin est vague et comme incertain. Nos yeux se remplissent peu à peu des teintes douces qui correspondent aux suaves modulations saisies par le sens auditif. Et puis la note bleue résonne et nous voilà dans l’azur de la nu...

Nohant 1842 : naissance des Mazurkas op. 50

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  En novembre 1842, les Mazurkas op. 50 sont déjà publiées à Paris, composées quelques mois plus tôt à Nohant. À leur propos, George Sand écrivit à son ami, le peintre Eugène Delacroix : « Chopin a composé deux très belles mazurkas qui valent mieux que quarante romances et expriment plus que toute la littérature du siècle. » Elle faisait très probablement allusion à la Mazurka en do♯ mineur ainsi qu’à une autre pièce de cet opus. Nohant, côté parc (la chambre de Chopin: la fenêtre aux volets semi-clos et celle légèrement entrouverte) (📸 photo personnelle, 14 juin 2025 ) 🎶   Rafał Blechacz interprète la Mazurka en do♯ mineur op. 50 n° 3 (extrait de son dernier album , paru début octobre 2025) 🎶 🎧  Une playlist intitulée  Rafał Blechacz plays Chopin , regroupant toutes les œuvres de Chopin enregistrées par Rafał Blechacz, est disponible sur Spotify:  open.spotify.com/playlist/RafałBlechacz 1. Tadeusz A. Zieliński : Frédéric Chopin, pp. 645 et 648 ...

Entre le ciel et la terre

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     Le 20 Mai 1845, Chopin inscrit le Prélude en do mineur (opus 28 n° 20) dans l’album de deux de ses élèves, Anna et Elizavieta Cheremietieff. Trois ans plus tôt, découvrant Chopin pour la première fois, Elizavieta écrivait à sa mère: « Je ne sais plus comment exprimer son jeu. C’est quelque chose de tellement à part que l’on ne reconnaît pas l’instrument sous ses doigts. Enfin j’ai trouvé celui qui joue comme je me représentais quelquefois qu’il faudrait jouer, c’est-à-dire la perfection ; il a su donner une âme au piano. C’est quelque chose de si aérien, si transparent, cette délicatesse, et en même temps, ses sons si pleins, si larges. En l’entendant jouer, on se trouve dans le vague, entre le ciel et la terre […]. C’est réellement sublime; chaque note a une valeur, une idée qu’il sait si bien rendre. […] Tous ses sons vont droit au cœur. » Monument à Chopin, Praia Vermelha, Rio de Janeiro, par August  Zamoyski , 1944 (📸  The.Poet.Of.The.Piano )  🎶...

La grâce, cet adorable je ne sais quoi

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     " ... mais la grâce, cet adorable je ne sais quoi, se sent plus qu'elle ne se démontre.  […] L’œuvre Opus 48 me tombe la première sous les yeux, et c’est par là que je commencerai. Elle renferme deux nocturnes, le treizième et le quatorzième. À les parcourir rapidement, ils semblent d’une exécution facile ; un mouvement lent, peu de notes, qu’est-ce que cela pour les prestidigitateurs ?  Mais prenez-y garde ; rien n’est si périlleux que cette apparente simplicité. C’est là que chaque note doit être rendue avec intelligence, doit cacher un sens, une expression intime. La partie matérielle est subordonnée à l’élément spirituel.  Car la musique de M. Chopin exige de la part de l’exécutant sinon de l’âme, du moins de l’imagination, et de cette finesse naïve, proche parente de l’esprit." 📖 Maurice Bourges, Revue et Gazette musicale de Paris , 17 avril 1842  Revue et Gazette musicale de Paris du 17 avril 1842, première page (📸  archive.org ) Rev...

L' émotion profonde de J.B. Zaleski

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     Le 2 février 1844, le poète polonais Józef Bohdan Zaleski (1802 - 1886) est invité chez Frédéric Chopin. Le soir-même, il écrit dans son journal:  « À quatre heures, j’allai chez Chopin  1 . Witwicki s’y trouvait […]. Survint Chopin, pâle, fatigué, mais de bonne humeur, inspiré. Il m’accueillit avec tendresse et s’assit au piano. […]  Pour la première fois de ma vie, je ressentis si vivement la beauté de la musique que je ne pus maîtriser mes larmes. […]  Il joua d’abord un merveilleux Prélude, puis une Berceuse [ Wiosna , op. 74 n° 2 ?], puis une Mazurka, de nouveau la Berceuse - à propos de laquelle Mme Hoffmanowa déclara que les anges à  Bethléem devaient chanter ainsi. Une splendide Polonaise suivit, et enfin, en mon honneur, une improvisation dans laquelle il évoqua toutes les voix douces et douloureuses du passé. Il chanta les pleurs des dumkas et termina par le chant national " Polska jeszcze nie zginęła " [ Mazurek Dą...

Valse et recommandation étonnante

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     Le 10 décembre 1842,  Frédéric Chopin  offre la Valse opus posthume 70 n° 2 à une pianiste qu'il admire, Caroline Oury de Belleville, accompagnée d'une lettre : "... gardez-la, je vous supplie, pour vous. Je ne voudrais pas qu’elle vît le grand jour." Il avait donné le même avertissement concernant une valse notée sur l'album de Maria Wodzi ń ska.  Selon le biographe F. Niecks, un jour, "s'asseyant au piano, Chopin montra comment elle serait jouée, ce qui était des plus drôles." Source: Frédéric Chopin, Jean-Jacques Eigeldinger Manuscrit autographe de la Valse opus 70 No. 2, à Elise Gavard (F. Chopin offrit pas moins de quatre autographes de cette Valse à des amis ou des étudiants )  ( gallica.bnf.fr ) 🎶 Adam Harasiewicz interprète la Valse en fa mineur, opus 70 n° 2   🎶 🗓️ Découvrez d'autres anecdotes sur la vie de F. Chopin en cliquant sur ce lien:  Calendrier et anecdotes     ➡️  Explorez la vie de F. Chopin, ...

"Votre jardinet est tout en boules de neige..."

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     Frédéric Chopin  était un poète du piano mais aussi des mots. Depuis Paris, dans une lettre en français datée du 2 décembre 1844, à George Sand qui séjourne à Nohant , il écrit:     " Votre jardinet est tout en boules de neige, en sucre, en cygne, en fromage à la crème, en mains de Solange, en dents de Maurice... " Monument à F. Chopin, Parc Łazienki , Varsovie (📸  mrloizides , instagram.com   ) 🗓️ Découvrez d'autres anecdotes sur la vie de F. Chopin en cliquant sur ce lien:  Calendrier et anecdotes   ➡️  Explorez la vie de F. Chopin, de l'enfant prodige et espiègle à l'adulte bien éloigné des clichés, en cliquant sur ce lien:  Biographie Cet article est inspiré d’ une  publication parue sur Facebook  ( Chopin l'Enchanteur )  le 2 décembre 2023 :  💐 Chopin, poet of the piano but also of... Note: afin de faciliter la recherche, en raison des contraintes de clavier, les noms cités sont ortho...

La Cour royale parisienne émerveillée

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     Le 1er décembre 1841,  Frédéric Chopin  participe à un concert devant Louis-Philippe et la famille royale, au Pavillon de Marsan (aux Tuileries, à Paris). La revue La France Musicale , dans son compte-rendu du 5 décembre, est enthousiaste :  "La partie instrumentale était représentée par Chopin, le pianiste-poète, dont le génie tout exceptionnel est resté jusqu’à présent sans rival et sans imitateur. Il a joué une ballade (opus 47) de sa composition, puis il a improvisé avec une grâce, une élégance, une facilité, qui ont émerveillé son royal auditoire. (…) Les pianistes, en général, quand ils se font entendre en public, ont l’habitude de jouer sur des pianos neufs; Chopin n’a pas hésité à jouer sur un piano à queue, vendu à la cour depuis cinq ou six ans, et il en a tiré des sons d’une pureté admirable."  1 Portrait de F. Chopin, réalisé au crayon par George Sand en 1841. Le compositeur l'appréciait particulièrement pour sa ressemblance...