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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un cœur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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L'impression d'une effusion spontanée

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     Le 7 juillet 1848, Frédéric Chopin donne à Londres l'un des derniers concerts de sa carrière. Grâce au facteur de pianos John Broadwood , il a fait la connaissance de Lord Falmouth, riche aristocrate mélomane qui met à sa disposition son hôtel particulier du 2 St James's Square. Près de deux cents invités assistent à cet évènement.  1 Programme du concert de F. Chopin du 7 juillet 1848 à Londres (📸   The Cobbe Collection Trust ) Chopin y interprète notamment un Andante Sostenuto (probablement celui de l'opus 22  2 ), le Scherzo en si bémol mineur op. 31, les Études op. 25 en la bémol majeur (n° 1), fa mineur (n° 2), do dièse mineur (n° 7) , un Nocturne , la Berceuse , des Préludes , des Mazurkas ,  une Ballade , et des Valses . Pauline Viardot chante des Mazurkas arrangées par elle-même pour la voix .  3 Trois jours plus tard, le Daily News publie sous la plume du critique musical George Hogarth un article qui demeure l'un des plus...

Fleurs Noires: l'hommage de Norwid

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   Cyprian Kamil Norwid (🎂24 septembre 1821-1883), considéré  comme l'un plus grands poètes polonais du XIXe siècle, s'installe à Paris au début de l'année 1849.  1  Admirateur fervent de Chopin,  il ne fait sa connaissance qu’au cours des derniers mois de la vie du compositeur.   2  3 Dans Fleurs Noires  ( Czarne kwiaty ),  un essai   écrit en 1856 et  traduit ici par Paul Cazin,  Norwid livre ce témoignage:   « Lui, dans l’ombre du grand lit à rideaux, appuyé aux oreillers, enveloppé d’un châle, était beau comme il l’était toujours dans les plus simples attitudes de la vie. Il avait ce quelque chose d’achevé, de monumental, que l’aristocratie athénienne aurait pu entourer d’un culte, à la meilleure époque de la civilisation grecque […]  Chaque fois et en quelque circonstance que j’aie rencontré Chopin, j’ai trouvé en lui cette perfection d’apothéose. »  4 5 Buste de Chopin par Hipolit Marczewski (1853-...

Les cousins écossais de Marie Stuart

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     Le 4 septembre 1848, Chopin, alors en tournée en Grande-Bretagne, malgré une santé précaire (il disparaîtra un an plus tard), écrit depuis Johnstone Castle 1 , dans les environs de Glasgow, à son ami Wojciech Grzymała , resté à Paris : « Le temps a changé, il fait mauvais dehors, je suis triste et les gens m'ennuient par le soin excessif qu'ils prennent de ma personne. Je ne peux ni respirer un peu, ni travailler. Je me sens seul, seul, seul, bien que je sois fort entouré. Mais pourquoi t'ennuyer de mes jérémiades. Tu as bien assez d'ennuis toi-même ! Ma lettre devrait venir t'égayer.    Johnstone Castle avant 1950 (📸  trove.scot ) « Si j'étais de bonne humeur, je te décrirais une Écossaise, 13ème cousine de Marie Stuart - sic !! Elle a pris un mari qui ne porte pas le même nom qu'elle et qui m'a fait part tout à fait sérieusement de cette particularité.    Ce ne sont que cousins et cousines de nobles familles portant d'illustres noms que nu...

Le récital de Manchester

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     Le 28 août 1848, Chopin donne un unique récital au prestigieux Manchester Gentleman’s Concert Hall.  1   Monument à Chopin, par  Robert Sobociński (2011),  Manchester, Royaume-Uni (📸 Tim Green,  ponadgranicami.org )  Il redoute de se produire dans une immense salle de 1200 places.  2  3   «  Mon jeu sera perdu dans une salle aussi vaste » 4 5 , confie-t-il à son ami irlandais des premières années parisiennes, Georg Alexander  Osborne   6 ,  —  qui accompagne les chanteurs ce soir-là. Malgré ses craintes, le public lui fait un triomphe : il est rappelé à trois reprises.  7 8 Osborne pressent toutefois les réserves de la presse et confiera plus tard :  « Son jeu était trop délicat pour susciter l’enthousiasme, et j’étais vraiment désolé pour lui. »  9 La santé de Chopin, en effet, décline rapidement — il s’éteindra l’année suivante, à l’âge de 39 ans.  Cette faiblesse n’écha...

"De vieux cymbalums nigauds"

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     💔 Le 18 août 1848, Chopin écrit à son ami Julian Fontana depuis l’Écosse : « […] Nous sommes comme de vieux cymbalums [jeu de mots polonais sur cymbały , qui désigne à la fois le cymbalum, instrument de musique, et, familièrement des nigauds , des imbéciles ], auxquels le temps et les circonstances ont fait jouer leurs misérables petits trilles. […] La table d'harmonie est excellente; seules les cordes sont cassées et quelques chevilles ont disparu.  Mais le malheur, le voici : nous sommes l'œuvre d'un luthier illustre, celle de quelque Stradivarius sui generis qui n'est plus là pour nous réparer. […] Moi, je respire à peine : je suis tout prêt à crever [en français dans le texte]. Toi, tu deviendras complètement chauve et tu te pencheras sur ma tombe, semblable aux saules de chez nous qui, t'en souviens-tu, montrent un crâne dénudé. [...] Je t'écris des bêtises car je n'ai plus rien de raisonnable dans la tête. Je végète et j'attends patiemment ...

Chopin en Écosse : humour et désarroi

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 Malade, affaibli, Chopin séjourne plusieurs mois en 1848 en Grande-Bretagne. Malgré la fatigue et l’exil, il conserve son esprit d’auto-dérision. Le 6 août, il écrit à son ami  Auguste Franchomme , resté à Paris : « […] Ma santé n’est pas tout à fait mauvaise, mais je deviens plus faible et l’air d’ici ne me va pas encore. […] J’aimerais beaucoup que l’on me donne une pension viagère pour n’avoir rien composé […]. Après ces parenthèses, je te dirai vraiment que je ne sais ce que je deviendrai en automne […].     Calder House , propriété de Lord Torphichen , où séjourne Chopin (📸  Wikipedia , détail)  Le parc est très beau ici – le châtelain très excellent  1  – et je me porte aussi bien qu’il est permis. Pas une idée musicale propre – je suis hors de mon ornière – je suis comme par exemple un âne au bal masqué, une chanterelle [corde la plus aiguë] de violon sur une contrebasse – étonné, ahuri […].  J’ai ici une tranquillité parfaite et de...

Une voix

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     À la mi-juillet 1849, Delfina Potocka invite Chopin, alors très affaibli, à passer l’hiver sous un climat méditerranéen plus clément que celui de Paris, à Nice, où elle possède une maison.  Envoûté par le charme de sa voix — qu'il accompagnait souvent au piano    1 —, Chopin ne pourra l’entendre cet été-là, car elle séjourne en Allemagne : « Cher Monsieur Chopin, Je ne veux pas vous ennuyer par une longue lettre mais je ne puis rester aussi longtemps sans nouvelles de votre santé et de vos projets. Ne m'écrivez pas vous-même mais priez Mme Etienne ou cette excellente grand'maman qui rêve de côtelettes, de m'apprendre où en sont vos forces, votre poitrine, vos étouffements, etc, etc. Il faut penser sérieusement à Nice, pour l'hiver. [...]  Je souffre de vous sentir tellement abandonné dans la maladie et le chagrin. Je vous prie de m'envoyer quelques mots à Aix-la-Chapelle : poste restante. [...] Ici, il fait triste et ennuyeux, mais pour moi la v...

Jenny Lind dans La Somnambule

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     Le 4 mai 1848, Chopin admire Jenny Lind dans La Sonnambula  de Bellini, au Théâtre-Italien de Paris : « C’est une Suédoise hors de pair. Ce ne sont pas des lueurs habituelles qui l'illuminent, mais une sorte d'aurore boréale. — non pas éclairée par une lumière ordinaire, mais par quelque aurore boréale. Elle fait énormément d'effet dans La Sonnambula . Elle chante avec assurance et pureté; son piano est aussi continu et égale qu'un cheveu.» Un an et demi plus tard, environ deux jours avant sa mort (le 17 octobre 1849), Chopin demandera à Delfina Potocka, venue à son chevet, de lui chanter des airs de Bellini parmi d'autres oeuvres.  Jenny Lind dans le rôle d'Amina dans La Sonnambula de Bellini, lithographie, 1847 (📸 vam.ac.uk  et  wikimedia.org ) 📖 Sources :  1. L'Institut National Frédéric Chopin (Narodowy Instytut Fryderyka Chopina):  4 May 1848 2. Bronisław Edward Sydow : Correspondance de Frédéric Chopin, tome I II ( Koresponden...

Ce n'est pas un piano, c'est une âme

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    Astolphe de Custine (18 mars 1790 – 1857) écrit à Chopin : ​✒️ « Vous avez gagné en souffrance, en poésie : la mélancolie de vos compositions pénètre plus avant dans les cœurs : on est seul avec vous-même au milieu de la foule ; ce n'est pas un piano, c'est une âme, et quelle âme ! Conservez-vous pour vos amis : c'est une consolation que de pouvoir vous entendre quelquefois ;  dans les rudes jours qui nous menacent, l'art comme vous le sentez pourra seul réunir les hommes divisés par le positif de la vie ; on s'aime, on s'entend dans Chopin. Vous avez fait du public un cercle d'amis : enfin vous êtes égal à vous-même ; c'est tout dire. […] » ✒️ « […] ce n’est pas du piano que vous jouez, c’est de l’âme. Vous m’avez ravi comme dans notre meilleur temps. Je voudrais être mourant ; vous me ressusciteriez ; car alors vous viendriez, j’ai encore cette confiance.  […] Vous avez attiré par le charme de votre élégance tout ce qu’il y avait d'amateurs vra...