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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un cœur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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📚 Enghien, une parenthèse estivale

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     Après le succès remporté au Conservatoire , ce haut lieu de la musique que Chopin aspirait à conquérir depuis son arrivée à Paris, que peut-il encore espérer d’une consécration aussi unanime ? Le correspondant parisien de la revue musicale de Schumann le reconnaît comme « à juste titre le pianiste le plus aimé ».  Cette renommée européenne comporte toutefois quelques obligations, comme celle de siéger au jury du concours de piano du Conservatoire. L’une des deux œuvres imposées est son Concerto en mi mineur . Pour échapper à cette tâche, Chopin invoque des projets de voyage.  1 Il passe les premières semaines de l’été à Enghien  2 , dans une pension située à proximité d'un parc pittoresque, au bord du lac. Soucieux de la santé fragile de son ami et colocataire, le médecin Jan Matuszyński  lui a recommandé les eaux et les bains de la station thermale. Il est possible qu’il l’y ait accompagné.  3  Selon certains auteurs, Bellini aurait l...

Nous n’en avions jamais assez de l’écouter

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     Le 26 septembre 1835, Anna Thun-Hohenstein , une élève de Frédéric Chopin, se souvient dans son journal intime du séjour du compositeur et de ses parents, quelques jours auparavant, au château familial de  Tetschen [Děčín, Tchéquie]  : « […] Le premier jour, il n’y avait pas moyen de l’aborder, tant il était triste de s’être séparé de ses parents [qu’il ne reverra jamais], repartis pour Varsovie; mais cela nous plaisait qu’il ait voulu être laissé à sa douleur, c’était tout naturel. Mais il s’est rattrapé les jours suivants, et nous n’en avions jamais assez de l’écouter. Il est impossible de jouer avec plus de légèreté, de sentiment, en même temps qu’avec plus de force ces œuvres casse-cou.  L’écouter improviser est un pur délice. Il se fait donner différents thèmes et se met à jouer dessus pendant une demi-heure entière comme si de rien n’était.   […] Et de plus, Chopin est un homme infiniment gentil, simple et gai. Avec son remarquable tale...

📚 Le dernier grand concert parisien

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     Peu après son concert au Théâtre-Italien , Chopin ose une nouvelle fois se mesurer au public parisien. Le dimanche 26 avril 1835, il participe au concert organisé par François-Antoine Habeneck.  1  Il lui est difficile de décliner l’invitation de ce célèbre chef d’orchestre, qui avait accepté, trois semaines plus tôt, de diriger le concert de bienfaisance en faveur des réfugiés polonais.  2  La soirée revêt également une importance particulière : elle clôture la saison de la Société des Concerts du Conservatoire, fondée et dirigée par Habeneck. Trois ans auparavant, Chopin avait sollicité cette institution afin de s'y produire, mais sa demande était restée sans réponse.  3  Ce sera finalement sa seule participation à l'un des concerts de cette prestigieuse société.  4 Le programme réunit principalement des œuvres de Beethoven et Schubert. On y annonce également une « Polonaise avec introduction pour le piano, composée et exécutée ...

📚 1835 : Le retrait progressif de l'estrade

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     Au début du mois de mars 1835, la presse revient sur le concert donné quelques jours plus tôt par Ferdinand Hiller à la Salle Érard, où Chopin l'accompagna dans le  Grand Duo pour deux pianos op. 135. Dans Le Pianiste du 5 mars, le critique regrette que le jeu de Chopin ait été trop peu entendu : « [...] nous ajouterons toutefois, qu’on entendait trop faiblement M. Chopin, et que beaucoup de détails de sa partie ont dû être perdus pour les auditeurs. Le talent, parfait d’ailleurs, de M. Chopin est si délicat, si plein de nuances imperceptibles et qu’une oreille sensible et exercée peut seule saisir, que c’est à notre avis, un désavantage pour lui d’être entendu avec un autre. M. Chopin a besoin de jouer seul pour être apprécié tout ce qu’il vaut.  »  1   Plus de quarante ans plus tard, Hiller lui-même reviendra sur ce souvenir : « On ressentait même comme un élément de charme l’absence de cette puissance de sonorité —  propre à Liszt, à Th...

Les notes mûres de Chopin

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     Le 5 juin 1835, la revue Le Pianiste publie un témoignage original sur l'art de Chopin : « [...] Le personnel des pianistes offre sans doute des exceptions; nous citerons notamment M. Chopin, qui préfère la pensée au tour de force, et dont les compositions, ainsi que le style pratique, se distinguent par une correction de dessin qui n'a rien de mesquin, rien d'étroit ni de trop prévu ; par une originalité sans prétention, une hardiesse sans écarts, un éclat sans clinquant, une énergie sans coups de poing, et une expression toujours claire, toujours sensée et vivement saisissante, M. Chopin est parvenu à chanter sur le piano, ce qui est le plus rare mérite dans l'espèce; il est parvenu surtout à amollir les sons de l'instrument de manière à leur ôter un peu de ce qu’ils ont de sec et de décousu.   Si j'osais me servir d'une métaphore un peu triviale, mais singulièrement vraie, par laquelle j'ai entendu caractériser la sonorité qui lui est propre, je...

📚 Début 1835 : une complicité en musique

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     En ce début d’année 1835, malgré la distance qui sépare Frédéric Chopin de sa famille, la complicité demeure intacte. Une lettre du 9 février, écrite par son père  Nicolas   et sa sœur aînée Ludwika, en témoigne avec tendresse. On y découvre notamment d’amusants concerts domestiques autour de la chanson populaire « Malbrough s’en va-t-en guerre  1  ».   ... le même air que je te jouais de la flûte que tu m’as gâtée quand je te la donnais pour joujou  Nicolas commence: «  […] Mais je vois par ta lettre que tu te plains de tes éditeurs, je te connais, ils profitent de ta bonne foi; ils savent que tu ne sais rien refuser et quand ils t’ont surpris ta parole, ils te tourmentent, car ils y trouvent bien leur compte en achetant les ouvrages à un prix très modique, car tu n’es pas assez tenace pour marchander.  […] En voilà assez sur ce sujet si ce n’est que je suis vraiment surpris de ton extase de ce que je joue du violon et qu...