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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un coeur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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"La dernière chose, c’est la simplicité"

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  En avril 1840, Frédéric Chopin confie à l’une de ses élèves les plus proches, Friederike Müller : « La dernière chose, c’est la simplicité. Après avoir épuisé toutes les difficultés, après avoir joué une immense quantité de notes et de notes, c’est la simplicité qui sort avec tout son charme comme le dernier sceau de l’art. Quiconque veut arriver de suite à cela n’y parviendra jamais ; on ne peut commencer par la fin. Il faut avoir étudié beaucoup, même immensément pour atteindre ce but ; ce n’est pas chose facile. »  1 2 3 Manuscrit du Prélude  en fa dièse majeur,  op. 28 n° 13, page 1 (📸  polona2.pl ) 🎶  Rafał Blechacz interprète le Prélude en fa dièse majeur, op. 28 n° 13 ( séance d’enregistrement de l'album en 2007 ): 🎶  🎧  Une playlist intitulée  Rafał Blechacz plays Chopin , regroupant toutes les œuvres de Chopin enregistrées par Rafał Blechacz, est disponible sur Spotify:  open.spotify.com/playlist/RafałBlech...

Au-delà de toute parole

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  Le  2 décembre 1836, le pianiste  Charles Hallé — futur fondateur du célèbre Hallé Orchestra de Manchester 1 — écrit à ses parents: « Le même soir [30 novembre 1836], j’allai dîner chez le baron [Adolphe] d'Eichthal, où je fus traité très cordialement, et chez qui j’entendis Chopin. Ce fut au-delà de toute parole. Le peu de bon sens qui me restait m’a complètement abandonné. J’aurais pu me jeter dans la Seine. Tout ce que j’entends depuis me paraît si insignifiant que je préfèrerais ne rien entendre du tout.   Chopin ! Ce n’est pas un homme, c’est un ange, un dieu — que sais-je encore ? Les compositions de Chopin jouées par Chopin ! Quelle joie insurpassable ! Je vous décrirai son jeu une autre fois. […] Tandis que Chopin jouait, je ne pouvais penser à rien sinon à des elfes et danses féeriques, si merveilleuse est l’impression qui se dégage de ses compositions. Rien n’y rappelle qu’un être humain a produit cette musique. Cela semble descendre du ciel — si pur, ...

Émerveillement à Majorque

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     Le 15 novembre 1838, Chopin, heureux, écrit à son ami Julian Fontana resté à Paris. Il vient d' arriver à Majorque (Baléares) et de s'installer, avec George Sand et ses enfants, à la Villa  Son' Vent  (la "Maison du Vent") à  Establiments , près de Palma, en attendant l’ameublement de leur futur logement à la Chartreuse de Valldemossa.  1 2   Il lui décrit la splendeur de son nouveau cadre de vie :   « Palma, le 15 novembre 1838, Mon bien cher,  Je suis à Palma au milieu des palmiers, des cèdres, des cactus, des oliviers, des orangers, des citronniers, des aloès, des figuiers, des grenadiers..., enfin de tous les arbres que possèdent les serres du Jardin des Plantes . Le ciel est de turquoise, la mer, de lapis-lazuli; les montagnes, d'émeraude, et l'air est comme au ciel.  Du soleil toute la journée. Tout le monde est vêtu comme en été car il fait chaud. La nuit, on entend des chants et le son des guitares pendant des heur...

Une sceptique frappée par la grâce

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 De passage à Leipzig le 12 septembre 1836, Chopin rend visite à Robert Schumann . Ce dernier le conduit d’abord chez la famille Wieck , puis chez Henriette Voigt (1808-1839)  1 , une pianiste réputée pour ses goûts traditionnels et ses jugements sans concession en matière d’harmonie et de style. Jusqu’alors, chaque fois qu’elle s’était penchée sur les œuvres de Chopin, elle les avait écartées, les trouvant incompréhensibles.  2 Manuscrit autographe du Nocturne op. 27 n° 2 , page 1 (📸 chopin.nifc.pl  et  polona2.pl )  Mais le lendemain, 13 septembre, tout change. Elle note dans son journal :  « Hier, Chopin était ici et il a joué une heure sur mon piano — un Nocturne  3  [op. 27 n° 2] et des Études nouvelles [op. 25]. Homme intéressant et jeu plus captivant encore; il m’a profondément troublée.  L'exaltation extrême de son style visionnaire se communique à une oreille attentive ; j'en retenais mon souffle.  Elle est merveilleuse, l...

Des anges déguisés en hommes

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     Le 7 septembre 1838, George Sand, alors au début de sa relation avec Chopin  1 , écrit à son ami Eugène Delacroix : « Cher vieux, comme c'est aimable à vous d'écrire à votre vieille soeur ! [...] Je serais folle de vous si je ne l'étais d'un autre «  Votre cœur est bien bon, bien grand, cher ami et vos yeux sont bien noirs, bien vifs, bien pénétrants. Vous le savez bien, je serais folle de vous si je ne l'étais d'un autre et peut-être que vous m'aimeriez plus que tout, si d'autres fantômes en jupons ne dansaient plus gracieusement et plus coquettement, la nuit, sous le berceau de vos allées. Mais moi, je ne sais pas danser. Et puis, d'ailleurs, rien n'engourdit les chevilles comme la fatigue délicieuse d'un amour heureux. Je suis toujours dans l'ivresse où vous m'avez laissée. Il n'y a pas eu un seul petit nuage dans ce ciel pur, pas un grain de sable dans notre lac. Médée  2  3  (esquisse), Eugène Delacroix, 1836-1838, Palai...

Le comble du bonheur

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     En août 1835, Chopin décide de surprendre ses parents, qu’il n’a pas revus depuis son départ de Pologne en novembre 1830, en les rejoignant à Carlsbad (aujourd’hui Karlovy Vary, en Tchéquie), où son père, Nicolas, vient suivre une cure sur les conseils de son médecin varsovien.  Frédéric arrive discrètement le même jour qu’eux, le 15 août, et la famille se retrouve dès le lendemain matin, dans une grande émotion.  1  Nicolas s’empresse de relater cet heureux évènement à ses filles, et Frédéric, débordant de joie, griffonne à ses sœurs quelques lignes en post-scriptum : « [...] Notre joie est indescriptible ! Nous nous embrassons et nous nous embrassons. Que pourrait-on faire de mieux? Quel dommage que nous ne soyons pas tous ensemble. [...]. J'écris sans ordre. Mieux vaut ne penser à rien aujourd'hui et jouir du bonheur qu'il nous est donné de vivre. Ce que le présent m'apporte aujourd'hui est unique. Nos parents n'ont pas changé, ils sont toujours les...

Les “jolies Mazurkas” de l’été 1839, à Nohant

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  🌿 Le 24 juillet 1839, George Sand écrit depuis Nohant à son amie Charlotte Marliani: « Chopin est toujours tantôt mieux, tantôt moins bien, jamais mal ni bien précisément. […] Son moral, heureusement, n’en est point altéré. Il est gai dès qu’il se sent un peu de force, et quand il est mélancolique, il se rejette sur son piano et compose de belles pages. Il donne des leçons à Solange […].»  1 2 La roseraie de la Maison de George Sand à Nohant (📸 photo personnelle, 14 juin 2025 ) Au cours de ce premier été à Nohant, Chopin achève l'opus 41 de ses Mazurkas , commencé quelques mois plus tôt à Palma de Majorque , alors que sa santé s’était fortement détériorée. Le 8 août, il écrit à son ami Julian Fontana à propos de ces Mazurkas :  « J'ai aussi quatre nouvelles mazurkas: une en mi mineur, écrite à Palma, et trois que j'ai composées ici (si majeur, la bémol majeur, et do dièse mineur). Elles me paraissent jolies, comme leurs enfants les plus jeunes semblent beaux aux pa...

Le revirement d'un féroce critique musical

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     En 1833, le critique musical berlinois Ludwig Rellstab s’exprimait avec sévérité à propos des premiers Nocturnes (op. 9) de Chopin, dans sa revue Iris , établissant un parallèle avec John Field, le compositeur irlandais considéré comme le créateur du genre : « Là où Field sourit, M. Chopin se tord en grimaces ; là où Field soupire, M. Chopin gémit ; où Field hausse les épaules, M. Chopin se cambre ; si Field ajoute quelques épices à son mets, M. Chopin y verse une pleine poignée de poivre de Cayenne. […] Nous conjurons M. Chopin de revenir au naturel. » Revue Iris du 2 août 1833, première page et début de l'article de Rellstab (📸 archive.org ) Mais six ans plus tard, le 5 juillet 1839, le même Rellstab revient sur le Nocturne op. 9 n° 2, fraîchement réédité, avec un regard métamorphosé : « Le monde a-t-il changé, ou bien est-ce nous qui avons changé ? [...] Ce nocturne nous paraît désormais léger et fluide. Il se présente avec aisance, même si son exécution pourra...