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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un coeur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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Chopin en Écosse : humour et désarroi

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 Malade, affaibli, Chopin séjourne plusieurs mois en 1848 en Grande-Bretagne. Malgré la fatigue et l’exil, il conserve son esprit d’auto-dérision. Le 6 août, il écrit à son ami  Auguste Franchomme , resté à Paris : « […] Ma santé n’est pas tout à fait mauvaise, mais je deviens plus faible et l’air d’ici ne me va pas encore. […] J’aimerais beaucoup que l’on me donne une pension viagère pour n’avoir rien composé […]. Après ces parenthèses, je te dirai vraiment que je ne sais ce que je deviendrai en automne […].     Calder House , propriété de Lord Torphichen , où séjourne Chopin (📸  Wikipedia , détail)  Le parc est très beau ici – le châtelain très excellent  1  – et je me porte aussi bien qu’il est permis. Pas une idée musicale propre – je suis hors de mon ornière – je suis comme par exemple un âne au bal masqué, une chanterelle [corde la plus aiguë] de violon sur une contrebasse – étonné, ahuri […].  J’ai ici une tranquillité parfaite et de...

Franz Liszt, une amitié en musique

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     L’amitié qui liait Chopin et Franz Liszt  (1811- 31 juillet 1886 🌹)  était d’abord artistique : chacun admirait chez l’autre ce qui lui faisait défaut.  1 Cette admiration mutuelle s'exprima notamment autour des magistrales Études op. 10, publiées en 1833 (à tout juste 23 ans !). Dédiées « à mon ami F. Liszt  2  », elles impressionnèrent profondément ce dernier par leur originalité et leur beauté — et par leur exigence technique. Lui, le virtuose incontesté, découvrit avec étonnement qu’il ne pouvait les jouer d'emblée.   3 Franz Liszt en concert, Theodor Hosemann, 1842 (📸  Narodowy Instytut F. Chopina )  Chopin, de son côté, confiait la même année à un ami commun :  «Je vous écris sans savoir ce que ma plume barbouille, parce que Liszt, dans ce moment, joue mes Études et me transporte hors de mes idées honnêtes. Je voudrais lui voler la manière de rendre mes propres Études . »   4   L'époque voyait bien la s...

"Toujours Bach"

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     Si Chopin évoque rarement Jean-Sébastien Bach (1685 - 28 juillet 1750 🌹) dans ses écrits, son œuvre s’enracine souvent dans ce compositeur, pour mieux s’élancer vers des horizons inédits.  1   Les témoignages de ses élèves et de ses proches révèlent une admiration profonde. J.S. Bach jeune, vers 1715 – portrait attribué à Johann Ernst Rentsch l’Ancien (identification de Bach contestée  4 ) – Musée d'Erfurt (📸  commons.wikimedia.org ) Le Clavier bien tempéré de Bach — deux cycles de 24 Préludes et Fugues — fut, semble-t-il, la seule partition que Chopin emporta à Majorque, alors qu’il achevait ses 24 Préludes , op. 28. Dans Consuelo , George Sand écrit à propos de Bach : « C’est son génie qui embrasse, résume et vivifie toute la science du passé et du présent. » Qui, mieux que Chopin, pouvait inspirer de tels mots ? A la même époque, en 1842, son élève Wilhelm von Lenz, rapporte: « Dans l’intimité, c’est toujours Bach qu’il rejouait. » Il ajout...

📚 Partition en lambeaux, cœur en vacances: été 1833

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Au printemps 1833, les publications de Frédéric Chopin parviennent à Varsovie et s’écoulent rapidement.  1 Dans sa lettre du 13 avril, son père,  Nicolas , l’informe que ses «  Nocturnes et Mazurkas ont été réimprimés à Leipzig, et ont été vendus ici en peu de jours. »    2 "Murmures de la Seine" et "Souvenirs de Varsovie" A Londres, les premières éditions commencent à paraître en juin. L’éditeur Wessel leur attribue des titres accrocheurs qu’il invente lui-même, malgré les protestations de Chopin : Les   Murmures de la Seine (pour les Nocturnes op. 9 )    3 4 , Souvenirs de Varsovie (pour les Mazurkas op. 6 et 7 ).  5 Les Murmures de la Seine , première édition anglaise des Nocturnes op. 9 (📸 chopinonline.ac.uk ) Le 6 juillet paraît l'édition française du Grand Duo Concertant en mi majeur, dédiée à la jeune Adèle Forest, parente d’Auguste Franchomme , co-auteur de l'œuvre.  6 La diffusion progressive des œuvres de Chopin commen...

Les “jolies Mazurkas” de l’été 1839, à Nohant

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  🌿 Le 24 juillet 1839, George Sand écrit depuis Nohant à son amie Charlotte Marliani: « Chopin est toujours tantôt mieux, tantôt moins bien, jamais mal ni bien précisément. […] Son moral, heureusement, n’en est point altéré. Il est gai dès qu’il se sent un peu de force, et quand il est mélancolique, il se rejette sur son piano et compose de belles pages. Il donne des leçons à Solange […].»  1 2 La roseraie de la Maison de George Sand à Nohant (📸 photo personnelle, 14 juin 2025 ) Au cours de ce premier été à Nohant, Chopin achève l'opus 41 de ses Mazurkas , commencé quelques mois plus tôt à Palma de Majorque , alors que sa santé s’était fortement détériorée. Le 8 août, il écrit à son ami Julian Fontana à propos de ces Mazurkas :  « J'ai aussi quatre nouvelles mazurkas: une en mi mineur, écrite à Palma, et trois que j'ai composées ici (si majeur, la bémol majeur, et do dièse mineur). Elles me paraissent jolies, comme leurs enfants les plus jeunes semblent beaux aux pa...