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Rafał Blechacz et Chopin

Rafał Blechacz

«L’artiste conduit la poésie jusqu’à l’impalpable» «Un coeur pur au piano, en nuances subtiles et racées»

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Le récital de Manchester

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     Le 28 août 1848, Chopin donne un unique récital au prestigieux Manchester Gentleman’s Concert Hall.  1   Monument à Chopin, par  Robert Sobociński (2011),  Manchester, Royaume-Uni (📸 Tim Green,  ponadgranicami.org )  Il redoute de se produire dans une immense salle de 1200 places.  2  3   «  Mon jeu sera perdu dans une salle aussi vaste » 4 5 , confie-t-il à son ami irlandais des premières années parisiennes, Georg Alexander  Osborne   6 ,  —  qui accompagne les chanteurs ce soir-là. Malgré ses craintes, le public lui fait un triomphe : il est rappelé à trois reprises.  7 8 Osborne pressent toutefois les réserves de la presse et confiera plus tard :  « Son jeu était trop délicat pour susciter l’enthousiasme, et j’étais vraiment désolé pour lui. »  9 La santé de Chopin, en effet, décline rapidement — il s’éteindra l’année suivante, à l’âge de 39 ans.  Cette faiblesse n’écha...

Nohant, août 1845 : danse, humour et nostalgie

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     En août 1845, Chopin écrit depuis Nohant à sa sœur Ludwika et à son époux : « Mes bien-aimés, [...] Dimanche dernier, c'était la Sainte Anne, fête de la patronne du village. Comme le milieu de la cour est à présent occupé par des massifs de fleurs, on a dansé devant l'église sur le gazon.     Eglise Sainte-Anne de Nohant (📸 photo personnelle, 13 juin 2025 ) [...] Oh! comme le temps passe! Je ne sais pourquoi mais je ne fais rien qui vaille, et pourtant je ne chôme pas ; je ne vagabonde pas d'un endroit à l'autre comme je l'ai fait en votre compagnie : je passe des journées et des soirées entières dans ma chambre. Il faut cependant que je termine certains manuscrits avant de rentrer car il m'est impossible de composer pendant l'hiver. Depuis votre départ  [été 1844] , je n'ai écrit que cette Sonate [en si mineur, op. 58]. A l'exception de nouvelles mazurkas [op. 59], rien n'est prêt pour l'impression, et pourtant il le faudrait. On enten...

📚 Bellini et Chopin: une alchimie

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     À l’automne 1833, le cercle d’amis de Frédéric Chopin s’élargit avec l’arrivée à Paris du compositeur italien Vincenzo Bellini (1801- 1835)   1 , que lui présente Ferdinand Hiller .  2    Les trois musiciens se retrouvent régulièrement dans un cadre intime, au salon de Lina Freppa , cantatrice et professeure de chant née à Naples, mais d’origine française, installée au bout du Faubourg Saint-Germain.  3 4  Chopin manifestera bientôt son attachement à cette artiste en lui dédiant ses Mazurkas op. 17 . Plus tard, Hiller se souviendra: « Nous la vénérions de tout cœur et allions ensemble lui rendre visite [...]. Là, on parlait musique, on chantait, on jouait, pour recommencer à parler, jouer et chanter. Chopin et Madame Freppa s'asseyaient tour à tour au piano; de mon côté je faisais de mon mieux tandis que Bellini, alternativement, faisait ses observations et s'accompagnait l'une ou l'autre de ses cantilènes, davantage pour illustre...

"De vieux cymbalums nigauds"

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     💔 Le 18 août 1848, Chopin écrit à son ami Julian Fontana depuis l’Écosse : « […] Nous sommes comme de vieux cymbalums [jeu de mots polonais sur cymbały , qui désigne à la fois le cymbalum, instrument de musique, et, familièrement des nigauds , des imbéciles ], auxquels le temps et les circonstances ont fait jouer leurs misérables petits trilles. […] La table d'harmonie est excellente; seules les cordes sont cassées et quelques chevilles ont disparu.  Mais le malheur, le voici : nous sommes l'œuvre d'un luthier illustre, celle de quelque Stradivarius sui generis qui n'est plus là pour nous réparer. […] Moi, je respire à peine : je suis tout prêt à crever [en français dans le texte]. Toi, tu deviendras complètement chauve et tu te pencheras sur ma tombe, semblable aux saules de chez nous qui, t'en souviens-tu, montrent un crâne dénudé. [...] Je t'écris des bêtises car je n'ai plus rien de raisonnable dans la tête. Je végète et j'attends patiemment ...

Le comble du bonheur

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     En août 1835, Chopin décide de surprendre ses parents, qu’il n’a pas revus depuis son départ de Pologne en novembre 1830, en les rejoignant à Carlsbad (aujourd’hui Karlovy Vary, en Tchéquie), où son père, Nicolas, vient suivre une cure sur les conseils de son médecin varsovien.  Frédéric arrive discrètement le même jour qu’eux, le 15 août, et la famille se retrouve dès le lendemain matin, dans une grande émotion.  1  Nicolas s’empresse de relater cet heureux évènement à ses filles, et Frédéric, débordant de joie, griffonne à ses sœurs quelques lignes en post-scriptum : « [...] Notre joie est indescriptible ! Nous nous embrassons et nous nous embrassons. Que pourrait-on faire de mieux? Quel dommage que nous ne soyons pas tous ensemble. [...]. J'écris sans ordre. Mieux vaut ne penser à rien aujourd'hui et jouir du bonheur qu'il nous est donné de vivre. Ce que le présent m'apporte aujourd'hui est unique. Nos parents n'ont pas changé, ils sont toujours les...