📚 Le dernier grand concert parisien
Peu après son concert au Théâtre-Italien, Chopin ose une nouvelle fois se mesurer au public parisien. Le dimanche 26 avril 1835, il participe au concert organisé par François-Antoine Habeneck. 1 Il lui est difficile de décliner l’invitation de ce célèbre chef d’orchestre, qui avait accepté, trois semaines plus tôt, de diriger le concert de bienfaisance en faveur des réfugiés polonais. 2 La soirée revêt également une importance particulière : elle clôture la saison de la Société des Concerts du Conservatoire, fondée et dirigée par Habeneck. Trois ans auparavant, Chopin avait sollicité cette institution afin de s'y produire, mais sa demande était restée sans réponse. 3 Ce sera finalement sa seule participation à l'un des concerts de cette prestigieuse société. 4
Le programme réunit principalement des œuvres de Beethoven et Schubert. On y annonce également une « Polonaise avec introduction pour le piano, composée et exécutée par M. Chopin. » 5 Le compositeur y présente pour la première fois sa Grande Polonaise brillante précédée de l'Andante spianato, ultime œuvre de son catalogue faisant appel à l'orchestre.
Devant le public choisi de la salle de l’Hôtel des Menus-Plaisirs, réputée pour son acoustique exceptionnelle 6, il obtient cette fois un accueil particulièrement chaleureux. 7
Étrangement, le seul compte rendu publié en cette fin de saison, par la Revue musicale du 3 mai 1835, ne mentionne même pas le nom de Chopin. 8 Pourtant, plusieurs témoignages ultérieurs attestent le succès qu'il remporta ce soir-là. Dans son Histoire des Concerts du Conservatoire, publiée en 1860, le musicologue Antoine Elwart résume l’impression laissée par le pianiste:
« Le compositeur rêveur, l'élégiaque pianiste, produisit à ce concert un effet délicieux. » 9
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| Portrait de Chopin par Albert-Louis Colfs, portant l'inscription « d'après Coraboeuf », miniature, vers 1966, Bibliothèque Polonaise de Paris (📸 photo personnelle, 10/06/2026) |
Parmi les auditeurs, se trouve également le jeune Gustave Chouquet (1819-1886), futur conservateur du Musée du Conservatoire. Des années plus tard, il confiera à Frederick Niecks qu’il avait assisté à cette soirée, ainsi qu'à un concert donné quelques jours auparavant, où Liszt interprétait interprétait le Konzertstück de Weber. Il disait se souvenir avec précision « du jeu fougueux de Liszt et de l'ineffable poésie du style de Chopin ». 10
Dans une autre lettre adressée au biographe, Chouquet oppose les deux artistes en des termes particulièrement évocateurs:
« En 1835, Liszt représentait à merveille le prototype du virtuose, tandis que Chopin incarnait, à mes yeux, le poète. Le premier recherchait l'effet et se posait en Paganini du piano ; Chopin, au contraire, ne semblait jamais se préoccuper du public, mais plutôt suivre une voix intérieure. 11 Il était inégal ; mais lorsque l'inspiration s'emparait de lui, il faisait chanter le clavier d'une manière ineffable. Je lui dois quelques heures de poésie que je n'oublierai jamais. » 12
Dans son hommage posthume publié en 1852, Liszt rapporte une confidence que Chopin lui aurait faite, avec son humour habituel:
« Je ne suis pas propre à donner des concerts, moi que le public intimide [...] ; mais vous, vous y êtes destiné, car quand vous ne gagnez pas le public, vous avez de quoi l'assommer. » 13
Avec le recul, cette soirée apparaît comme un véritable tournant. Le concert du 26 avril 1835 sera le dernier grand concert public que Chopin donnera à Paris ; il ne remontera devant un vaste auditoire qu'en 1848, lors de son séjour en Grande-Bretagne, davantage par nécessité financière que par goût de la scène. 14 Malgré le succès remporté ce soir-là, le souvenir de l'accueil réservé à son concert du 5 avril continuera longtemps à le détourner des grandes salles. Il faudra attendre avril 1841 pour qu'il accepte de se produire de nouveau, en soliste, devant un public parisien désormais restreint à un cercle choisi d'amis, d'élèves et d'admirateurs. 15 L'Andante spianato accompagnera souvent cette nouvelle manière de se produire.
Instant musical
L’Andante spianato et la Grande Polonaise brillante op. 22
« Je viens d'entamer la composition d'une Polonaise avec orchestre, ou plutôt je l'ai "mencée" à défaut de la commencer.» 18
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Note: afin de faciliter la recherche, en raison des contraintes de clavier, les noms cités sont orthographiés ici sans signes diacritiques, sans déclinaisons, ligatures, ni autres particularités typographiques: Bronislaw, Zielinski, Fryderyk, oeuvre
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